Mercredi de la Biodiversité : les prédateurs du campagnol terrestre

Dans le cadre de l’élaboration de son Atlas de la Biodiversité Territoriale, le SYTEC propose tous les mois des animations aux habitants du territoire. Notre dernier rendez-vous s’est tenu, le mercredi 27 février, à Vieillespesse sous forme d’une conférence participative sur les prédateurs du campagnol terrestre, menée par Mélanie Aznar, chargée d’étude environnement pour l’association Groupe Mammalogique d’Auvergne.

Le campagnol terrestre

Mélanie Aznar a rappelé qu’il existait plusieurs espèces de campagnols, 8 en Auvergne, dont certaines sont protégées comme le campagnol amphibie, et d’autres sont nuisibles comme le campagnol terrestre. Elle nous a expliqué :

  • les caractéristiques morphologiques qui permettent de reconnaître le campagnol terrestre Arvicola scherman : oreilles courtes et arrondies, tête grosse et ronde…et son régime alimentaire à base de racines et de bulbes (il consomme quotidiennement l’équivalent de son poids en racine (entre 80 et 100g). Il est très friand de racines de pissenlit et n’a pas besoin de boire car sa nourriture lui fournit l’eau dont il a besoin pour vivre.
  • son habitat, la manière dont il creuse ses galeries
  • son lien avec la présence de taupes…
  • son cycle de vie et sa reproduction particulièrement fructueuse qui implique ces phases de pullulation si désastreuses pour les agriculteurs. En effet, un couple de campagnols qui se reproduit au mois de mars peut engendrer à lui seul un bataillon de 114 campagnols à la fin de l’année.

Les prédateurs

Après avoir présenté le campagnol, Mélanie nous a fait découvrir ses prédateurs appartenant au groupe des mammifères.

Nombre de ces prédateurs font partie de la famille des mustélidés : l’hermine, la belette, la martre, la fouine, le putois, le blaireau (c’est deux derniers, ainsi que la martre sont des prédateurs occasionnels du campagnol). Mélanie nous a testé sur notre capacité à les différencier, puis nous a donné quelques indices imparables, par exemple l’hermine a le bout de la queue noir contrairement à la belette qui même si elle est plus petite lui ressemble beaucoup, ou encore la fouine qui a la bavette plus blanche et plus en forme de W alors que la bavette de la martre tire plus vers le beige/jaune et forme un V.

Parmi ces prédateurs on retrouve aussi le renard, qui peut être retiré de la liste des nuisibles dans les départements très touchés par le campagnol pendant les périodes de pullulation, et le chat forestier qui lui, fait partie des espèces protégées.

Mélanie nous a ensuite, expliqué de quelle façon et en quelle mesure ils sont essentiels si on veut lutter sur le long terme contre les pullulations de plus en plus rapprochées de campagnols terrestres.

Dégâts et moyens de lutte contre les campagnols terrestres

Les invasions de campagnols terrestres ont diverses conséquences catastrophiques sur les cultures et l’élevage : diminution de la quantité et de la qualité fourragère ; destruction des cultures maraîchères ; impact sur la qualité du lait en raison de la terre (présentant des germes) absorbée par l’animal … Sur ce dernier point, monsieur Rosseel, maire d’Allanche, a pu témoigner : il a assisté à l’abattoir à l’ouverture de la panse d’une vache qui contenait 15 kg de terre.

Face à ces dégâts, il existe 3 moyens de lutter contre les campagnols terrestres : la lutte chimique, la lutte physique et la lutte biologique. A ce jour, ni la lutte chimique (utilisation de bromadiolone, de PH3…) ni la lutte physique (le piégeage), ne sont efficaces en période de pullulation.

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Cependant, un nouveau produit arrive sur le marché le Ratron GL, et d’après monsieur Rosseel qui fait partie du groupe local de lutte contre le campagnol terrestre, il semblerait avoir fait ses preuves en Allemagne. Ce produit permettrait de réduire la durée de la pullulation et maintenir les populations de campagnols à des seuils tout à fait acceptable pour l’agriculture.

Le Ratron GL n’aurait pas d’impact sur les prédateurs du campagnols terrestres (contrairement à la bromadiolone qui cause la mort de nombreux milans royaux, renards, hermines et autres prédateurs naturels du campagnol). Mais d’après l’article « Une reprise d’activité sur le département » de l’Union du Cantal du 23 février, l’efficacité de ce produit n’est pas encore prouvée.

La lutte biologique, elle, consiste en la création ou la restauration des habitats favorables (haies, perchoirs, bosquets, murets de pierre sèches…) aux différentes espèces de prédateurs. Parmi ces prédateurs certains sont dit généralistes, et d’autres spécialistes. Les généralistes comme le renard, le chat, la fouine… stabilisent les effectifs de campagnols, les spécialistes comme l’hermine, accélèrent la phase de déclin et espacent les pics de population.

Cette forme de lutte est efficace en période de pullulation, mais seulement sur le long terme, et à condition que le nombre de prédateurs aussi bien spécialistes que généralistes*, soit suffisamment important sur l’exploitation ainsi que sur tout le territoire.

*Prédateur généraliste = son régime alimentaire est diversifié et il adapte son régime alimentaire aux ressources immédiatement disponible 

* Prédateur spécialiste = son régime alimentaire est ciblé sur un petit nombre de proie

Afin de comprendre les besoins fondamentaux des prédateurs et les manières de favoriser l’installation d’une communauté de prédateurs diversifiés, le public a pu utiliser la maquette de la trame verte et bleue du SYTEC, et se mettre le temps du jeu, dans la peau d’une hermine ou d’un chat forestier. Les participants ont ensuite eu la possibilité d’améliorer l’habitat et de faciliter les déplacements de ces deux espèces en plaçant des haies ou des murets en pierre aux endroits stratégiques.

ZOOM : le surplus killing

Le surplus killing est un terme inventé pas Hans Kruuk pour décrire un comportement typique de certains prédateurs : le fait de tuer plus qu’ils ne peuvent manger. Ce comportement s’explique par une excitation très forte ressentie par l’animal suscitée par le mouvement de ses proies : tant que les proies vont s’agiter autour de lui, l’animal ne s’arrêtera pas de tuer. C’est ce phénomène qui se produit parfois dans les poulaillers lorsqu’un prédateur parvient à s’y introduire.

Quelques conseils pour éloigner les renards qui fréquentent son jardin/poulailler :

  • Ne pas mettre de restes d’aliments carnés dans le compost
  • Ne pas laisser dehors les assiettes de nourriture pour chats et chiens
  • Utiliser des enclos pour protéger les poubelles
  • Supprimer les possibilités de cachette et combler les éventuels trous qu’ils ont commencé à creuser
  • Rentrer les poules pour la nuit dans un espace fermé, avec un toit et un sol dur
  • Enterrer une partie du grillage et ajouter des dalles le long de cette clôture
  • Prévoir sur le haut de la clôture un retour de grillage
  • Boucher les entrées ou autres trous présents dans le grillage, un renard peut se faufiler dans une fente de 12 cm de diamètre.
  • L’animatrice nous a ensuite fait passer une série de crânes parmi lesquels il fallait reconnaître certains des prédateurs qu’elle venait de nous présenter. Il y avait aussi des pièges, elle avait glissé deux crânes de proie au milieu de ces crânes de prédateurs : celui du rat et du chevreuil. Certains crânes ont été plus facilement reconnus que d’autres, comme celui du renard et de l’hermine, les deux crânes de blaireaux ont été plus difficiles à déterminer, mais Mélanie a partagé son « truc » infaillible pour ne plus se tromper : il y a une sorte de crête sur le crâne des blaireaux.
  • Même chose pour différencier un crâne de martre de celui d’une fouine, sous le crâne de la martre l’os du palet forme un M et les dernières molaires forment un triangle. Alors que sous le crâne de la fouine les dernières molaires forment un rectangle, il faut se représenter les deux parallèles du rectangle comme les deux barres du F.

En savoir plus sur le site internet

http://mammiferes.org/ ou sur la page facebook de l’association @GroupeMammalogiqueAuvergne

Retrouver les informations sur les prochaines animations et découvrez l’Atlas de la Biodiversité Territoriale et ses 4 enquêtes participatives sur le site internet

www.atlas-biodiversite-sytec15.com

 

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